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Délivrance des traitements prescrits dans les pathologies osseuses chez le sujet âgé

Que nous apprennent les données sur la délivrance en officine des médicaments du type calcium et/ou vitamine D et ceux agissant sur la structure osseuse et la minéralisation en 2024 chez les sujets âgés de 60 ans et plus ?

 

Introduction

L’Assurance maladie (AM) met à disposition depuis ces dernières années des informations agrégées sur la consommation de soins. Les informations les plus récentes concernent l’année 2024. Nous allons nous intéresser plus particulièrement aux délivrances des traitements prescrits dans les pathologies osseuses au sens large chez les sujets les plus âgés et voir quelles informations sont exploitables du fait de leur caractère agrégé. Le choix de ces molécules est d’intérêt dans cette population du fait de la fréquence des insuffisances d’apport en calcium, de la carence en vitamine D et du risque d’ostéoporose. Pour les médicaments les plus délivrés, le poids de ceux traités par rapport à la population française du même âge sera décrit. Ces données pourront servir d’indicateurs et être suivies régulièrement dans le temps, tout en restant prudents dans leur interprétation du fait de leur caractère agrégé d’une part, et en considérant des modifications de conditions de prescriptions pouvant survenir dans le temps pour certains de ces traitements d’autre part.

 

Méthode

Sources de données 

• Données de la population française. Les données de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) de la population française de l’année 2024 ont été utilisées pour décrire le poids de la population la plus âgée ainsi qu’évaluer la part dans cette population du nombre de patients traités par les molécules les plus prescrites dans une catégorie donnée [1].

• Données de l’AM. Elles sont celles correspondant à la base complète des dépenses de médicaments de 2010 à 2024, base nommée Open Medic [2]. Les données de l’année 2024 ont été analysées.

Sélection des médicaments d’intérêt à partir de la base Open Medic

Les médicaments ont été sélectionnés à partir de leur classification anatomique, thérapeutique et chimique (ATC) et plus spécifiquement par leur code ATC5 correspondant au sous-groupe “Substance chimique”. Ils ont été regroupés en trois catégories : “calcium et/ou vitamine D”, “bisphosphonates” et “autres médicaments agissant sur la structure osseuse et la minéralisation” comme décrit dans le tableau 1.

Analyse des données

• Données de la population française

Une description de la part de la population française âgée de 60 ans et plus est décrite. Le seuil de 60 ans et plus a été choisi car c’est la population la plus âgée disponible dans Open Medic.

• Données Open Medic

L’analyse va se focaliser sur les patients (que l’AM mentionne comme étant des consommants) âgés de 60 ans et plus pour lesquels la dépense d’au moins un des traitements dans l’une des classes ATC5 sélectionnées a été observée et sur le poids de cette sous-population par rapport à la totalité de la population en 2024, par classes d’ATC5 d’intérêt pour le traitement le plus délivré. La description par classes ATC5 va inclure le nombre de patients (et la part de femmes), le nombre de boîtes délivrées, le montant remboursé par l’AM, la base de remboursement de l’AM et le profil du prescripteur.

À garder en tête pour la compréhension des données

• Un patient peut avoir reçu un ou plusieurs des médicaments au sein d’une même ATC5 et/ou de différentes ATC5 en 2024 et ces derniers ont pu être prescrits par un ou plusieurs médecins au sein d’une même spécialité ou non.

• Le nombre total de patients consommants pourra varier par classe ATC5 selon la nature des données disponibles dans Open Medic.

• La seule somme qui pourra être faite est celle concernant le montant total en euros de la base de remboursement par l’AM et le montant remboursé par l’AM par catégorie de classes ATC5 ou la totalité sélectionnée.

• Concernant les prescripteurs, il est à noter que le prescripteur gériatre en libéral n’est pas disponible comme la spécialité du prescripteur hospitalier. Seuls les prescripteurs ayant fait des délivrances pour au moins 2 % des consommants ont été considérés. Le nombre de consommants utilisés pour ce calcul est généralement supérieur à celui utilisé pour le descriptif de la démographie.

• Comme il s’agit de données de dispensation en officine, le diagnostic pour lequel ces différents traitements sont prescrits n’est pas disponible. Ces différents traitements sont indiqués dans une ou plusieurs pathologies, ces dernières pouvant être bénignes ou malignes. Certains peuvent êtes soumis à des conditions spécifiques de prescription et/ou limitées à certaines spécialités.

• Un traitement délivré va être supposé pris par le patient.

 

Résultats chez les 60 ans et plus

Part de la population française âgée de 60 ans et plus en 2024

Selon l’Insee, en 2024, les citoyens âgés de 60 ans et plus étaient

18 918 385, soit 27,6 % de la population France entière. Le nombre de femmes et d’hommes en 2024 était respectivement de 10 499 355 (55,5 %) et de 8 418 980 (45,5 %).

Focus sur la population âgée de 60 ans et plus ayant eu au moins une délivrance d’un des traitements d’intérêt

Le tableau 2 décrit la part des 60 ans et plus en termes de nombre de consommants et de nombre de boîtes délivrées par classe ATC5 en 2024.

• Dans la rubrique “calcium et/ou vitamine D”, le colécalciférol remporte la première place avec environ 9 millions de « consommants » ayant eu au moins une délivrance. Les 60 ans et plus traités représentent 47,8 % de la population française des 60 ans et plus. Par rapport à l’ensemble de la population ayant eu une délivrance de ce traitement, la part des 60 ans et plus a représenté 42,6 % de la population traitée. Qu’une ou plusieurs boîtes de colécalciférol aient été délivrées par patient au cours de l’année 2024, environ de 44 millions (61,6 % du nombre de boîtes quel que soit l’âge) ont été délivrées au niveau des officines. D’une manière générale, au sein de la classe “calcium et/ou vitamine D”, la part des  60 ans et plus varie de 42,6 à 78,8 % selon le type d’ATC5 considéré, ceci peut se comprendre en fonction de l’indication soit préventive soit thérapeutique d’une part, et de plusieurs indications thérapeutiques selon l’épidémiologie des maladies pour lesquelles ces traitements peuvent être indiqués d’autre part. Il est possible que le poids de cette classe corresponde à un seuil bas, comme nous ne disposons pas d’informations sur les compléments alimentaires qui peuvent être pris par les patients et non captés par cette base de données.

• Les “bisphosphonates” font partie des traitements plus spécifiquement délivrés dans la population des 60 ans et plus, car, selon la classe ATC5, 76,3 à 91,9 % de la population des 60 ans et plus est concernée. Cependant, si l’on prend celui qui est le plus prescrit, à savoir l’acide risédronique (229 279 consommants), sa prescription a concerné environ 1,2 % de la population française de 60 ans et plus. Même si l’interprétation de ces données doit rester prudente, elles confirment une information déjà connue de sous-prise en charge, notamment pour cette classe dans la prise en charge de l’ostéoporose dans une population où ce risque est plus élevé [3-5].

 Pour les autres médicaments agissant sur la structure osseuse et la minéralisation, des informations différentielles sont observées pour le dénosumab et pour le burosumab. Le dénosumab est plus prescrit et concerne une population plus âgée. En effet, la part des 60 ans et plus sont concernés par 90,5 % des patients traités par dénosumab (soit 0,57 % de la population française de 60 ans et plus). Quant au burosumab, étant indiqué dans des maladies rares et plutôt dans une population plus jeune, son nombre est bien nettement inférieur (27 patients de 60 ans et plus observés en 2024).

Dans le tableau 3 sont disponibles la part des 60 ans et plus en termes de montant remboursé et de base de remboursement par classes ATC5 en 2024. Le montant total pour les trois classes de médicaments était respectivement de 191,8 millions d’euros pour le montant remboursé par l’AM (47,1% pour le calcium et/ou vitamine D, 21,4% pour les bisphosphonates et 31,5 % pour la dernière classe) et 241,3 millions d’euros pour la base de remboursement (avec la répartition respective selon les classes de 50,5, 22,2 et 27,3 %). Il n’est pas étonnant que le poids de la catégorie “calcium et/ou vitamine D” étant la plus délivrée soit associée à un poids important sur le plan financier. Cependant, on peut noter l’incidence du coût du médicament avec, par exemple, du dénosumab ou du burosumab, ces derniers étant prescrits pour un nombre inférieur de patients.

Focus sur la part représentée par les femmes âgées de 60 ans et plus ayant eu au moins une délivrance d’un des traitements d’intérêt

La part des femmes âgées de 60 ans et plus pour l’ensemble des paramètres étudiés par rapport à la totalité de la population des 60 ans et plus est disponible dans le tableau 4. Comme on peut s’y attendre, pour la majorité des classes ACT5 sélectionnées, les femmes représentent la part la plus importante parmi les consommants âgés de 60 ans et plus sauf pour le calcium et pour l’acide clodronique. Il est à noter que ces traitements ne concernent que 3 491 et 1 304 consommants âgés de 60 ans et plus au total respectivement, soit le nombre le plus bas par rapport aux autres groupes ACT5 considérés hors burosumab.

 Focus sur le profil des prescripteurs

Dans le tableau 5, on retrouve le top des prescripteurs défini comme ayant prescrit les traitements d’intérêt pour au moins 2 % des consommants considérés par classes ATC5 étudiées. Dans ce dernier, on trouvera deux colonnes pour la même information, à savoir le nombre de consommants : celui disponible dans le tableau 2 pour le descriptif démographique et celui utilisé pour le calcul de la part des prescripteurs. Il est rappelé qu’un patient donné peut avoir eu un médicament prescrit par un ou plusieurs profils différents de prescripteurs, d’où un nombre plus élevé pour cette dernière catégorie.

Comme on peut s’y attendre du fait de leur nombre, environ 100 000 au 1er janvier 2025 [6], les médecins généralistes représentent la majorité des prescripteurs pour la majorité des médicaments dans les catégories “calcium et/ou vitamine D” hors calcium et “bisphosphonates”, hors acide clodronique et acide zolédronique pour lesquels le prescripteur hospitalier est majoritaire.

Dans la catégorie “calcium et/ou vitamine D”, on retrouve bien loin derrière des prescripteurs libéraux tels les gynécologues, les néphrologues, les endocrinologues.

On notera la place des rhumatologues représentant entre 6,6 à 30,6 % des prescripteurs selon le type de bisphophonates prescrits. Les hospitaliers représentent entre 11,5 et 51,3 % des prescripteurs.

Concernant les autres médicaments agissant sur la structure osseuse et la minéralisation, les prescripteurs majoritaires sont les rhumatologues (34,1 %) et les hospitaliers (32,9 %) du fait des changements des conditions de prescription du dénosumab en 2022 dans son indication “ostéoporose post-ménopausique chez les patientes à risque élevé de fracture” médicament d’exception, prescription initiale par un médecin spécialiste dans la prise en charge de l’ostéoporose, notamment rhumatologue, gynécologue, gériatre et interniste [7]. Pour le burosumab, le prescripteur est exclusivement un médecin hospitalier.

 

Conclusion

Même si les données disponibles en “open” apportent des informations pertinentes, nous pouvons nous sentir frustrés de ne pas pouvoir analyser ces informations plus en détails. Cependant, elles apportent des informations d’intérêt qu’il est possible de suivre dans le temps tout en gardant en tête leur limite. Le choix a été fait de rassembler trois catégories de traitements prescrits dans les pathologies osseuses au sens large, “calcium et/ou vitamine D”, “bisphosphonates” et “autres médicaments agissant sur la structure osseuse et la minéralisation” chez les 60 ans et plus avec une molécule phare dans chacune des catégories, respectivement le cholécalciférol, l’acide risédronique et le dénosumab. La majorité de ces traitements ont été prescrits chez les patients de 60 ans et plus et notamment les femmes. Le coût global de l’ensemble des traitements considérés a été de 241,3 millions d’euros pour la base de remboursement (respectivement de 50,5 , 22,2 et 27,3 %). Le profil du prescripteur a été le médecin généraliste puis le prescripteur hospitalier le plus souvent sauf pour la catégorie “autres médicaments agissant sur la structure osseuse et la minéralisation” du fait des conditions particulières de prescription et de profil de prescripteurs. Ces données, notamment fondées sur les molécules phares, pourront servir d’indicateurs et être suivies au cours du temps sur cette base de données.

L’autrice ne déclare pas de liens d’intérêt.

Bibliographie

1. Bilan démographique 2024. INSEE. Disponible sur : www.insee.fr/fr/statistiques/8313981?sommaire=8313983.

2. Assurance maladie, Open Medic. Disponible sur : www.assurance-maladie.ameli.fr/etudes-et-donnees/open-medic-base-complete-depenses-medicaments.

3. Fardellone P, Barnieh L, Quignot et al. The clinical and economic burden after an osteoporosis fracure in France: a nationwide population-based study. Arch Osteoporos 2021 ; 16 : 124.

4. Sing CW, Lin TC, Bartholomew S et al. Global epidemiology of hip fractures: secular trends in incidence rate, post-fracture treatment, and all-cause mortality. J Bone Miner Res 2023 ; 38 : 1064–75.

5. Roux C, Thomas T, Paccou J et al. Refracture and mortality following hospitalization for severe osteoporotic fractures: the Fractos Study. JBMR Plus 2021 ; 5 : e10507.

6. DRESS. 237 200 médecins sont en activité en France au 1er janvier 2025. Disponible sur : drees.solidarites-sante.gouv.fr/jeux-de-donnees/250728-DATA-demographie-des-medecins.

7. Journal officiel du 25 janvier 2022. Arrêté du 17 janvier 2022 modifiant la liste des spécialités pharmaceutiques remboursables aux assurés sociaux. Disponible sur : www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000045068276.