Points forts
– Les procédures de soins et la participation à la recherche clinique nécessitent un consentement éclairé.
– Les résultats des tests d’évaluation cognitive ne suffisent pas pour préjuger de l’aptitude à pouvoir prendre une décision, l’entretien singulier avec le patient est nécessaire.
Des outils peuvent aider à adapter la communication et structurer cet échange pour apprécier la présence ou non de quatre capacités : compréhension, appréciation, raisonnement, expression d’un choix.
En cas de troubles cognitifs empêchant un consentement formalisé :
• le recours à la personne de confiance et/ou au représentant légal, quand ils ont pu être désignés, est requis,
• l’assentiment du patient doit aussi être recherché (adhésion à une proposition de soins après une information adaptée aux capacités de compréhension).
– La traçabilité des moyens pris pour apprécier le consentement/l’assentiment est nécessaire : nous proposons une liste d’informations à consigner dans le dossier du patient.
– La collégialité permet de renforcer l’argumentation de la prise de décision médicale, surtout en cas d’urgence et quand l’expression d’un consentement/assentiment n’est pas possible.
Le comité d’éthique est aussi une ressource que le clinicien peut solliciter.
Cadre légal
La législation et l’éthique médicale soulignent la nécessité d’information intelligible des patients et d’obtention de leur consentement éclairé et libre, en autonomie, tant pour les procédures diagnostiques et thérapeutiques que pour la participation à des études de recherche [1]. L’autonomie désigne la capacité d’une personne à faire ses propres choix et à se gouverner selon ses valeurs, sans contrainte extérieure ni incitation de quelque nature que ce soit [2].
Face à ces exigences :
– l’information des patients est compliquée par la technicité croissante des procédures de soins, dont l’explication sans jargon technique est souvent complexe [1] ;
– le respect de l’autonomie de décision du patient peut paraître difficile pour l’entourage et/ou les soignants, quand elle leur semble aller contre l’intérêt du patient ou quand elle fait craindre des conséquences médico-légales [3] ;
– la juste information et la capacité décisionnelle du patient peuvent être altérées en cas de baisse de l’efficience cognitive globale (aiguë ou chronique), en particulier en cas de troubles dysexécutifs (mais aussi en cas d’anosognosie, de troubles de l’attention, de la mémoire et du langage), et dès le stade de Mild Cognitive Impairment. Dans ces cas, la capacité à consentir peut aussi fluctuer, voire être impossible [4-6].
Capacité à consentir
En gériatrie, les cliniciens sont souvent exposés dans la pratique clinique aux problèmes liés à l’information et au consentement aux soins du fait de la fréquence du syndrome confusionnel aigu et des troubles cognitifs chroniques. Ce questionnement prend d’autant plus d’importance que les propositions thérapeutiques sont invasives ou pourvoyeuses d’effets indésirables possiblement importants (nouvelles thérapies anti-Alzheimer, chirurgie lourde ou délabrante, chimiothérapie, indication de réanimation ou de soins intensifs…). La fréquence de ces situations fait aussi que la participation de ces patients à la recherche clinique dans ces domaines représente un enjeu d’importance [5].
Ainsi, dans sa pratique courante, le clinicien doit savoir apprécier au mieux le droit des patients altérés cognitivement au consentement éclairé, à l’autonomie de décision, et à être protégés des conséquences éventuelles de décisions possiblement inappropriées. Le besoin de standardiser cette démarche dans les services de soins fait d’ailleurs partie de recommandations récentes aux États-Unis pour ces patients particulièrement vulnérables [7].
Les critères de Grisso et Appelbaum
Pour un examen, un traitement ou dans le cadre de la recherche biomédicale, l’obtention du consentement éclairé nécessite plusieurs critères : la volonté de s’impliquer dans les processus décisionnels, l’intégration par le patient d’une information adéquate et adaptée sur ce qui lui est proposé, une capacité de réflexion, d’argumentation et de décision. Pour apprécier ces critères, la présence simultanée de quatre capacités est nécessaire selon le modèle de Grisso et Appelbaum [3, 8-10] :
– compréhension : de la maladie (ses manifestations et ses risques évolutifs), des traitements proposés et de la présence d’alternatives possibles (nom de l’examen ou du médicament, modalités – comprimé, chirurgie… –, durée), des bénéfices attendus (curatif ou symptomatique), des risques possibles (types d’effets indésirables) ;
– appréciation par le patient du fait que la discussion en cours s’applique à sa situation personnelle, et des conséquences de ce qui lui est proposé, incluant l’incidence sur la qualité de vie et la vie quotidienne ;
– raisonnement : capacité à anticiper les conséquences de l’évolution de la maladie, comparer des alternatives, formuler un raisonnement logique, comprendre la possibilité de refuser ;
– expression d’un choix conduisant à une prise de décision, argumentée, cohérente, authentique (l’authenticité est un concept se référant à la concordance entre la décision prise et les valeurs de la personne incluant sa spiritualité et ses croyances, engagements et relations) et stable dans le temps.
Pour le consentement à la recherche clinique, des enjeux doivent être aussi spécifiquement explicités, pour répondre aux attentes des comités de protection des personnes : compréhension de la participation à une recherche et en particulier ce qui diffère avec la prise en charge habituelle, compréhension de la possibilité de recevoir un placebo et non un traitement actif, compréhension de la présence ou non d’un bénéfice individuel direct, compréhension des risques encourus, possibilité de non-participation ou de se retirer de l’étude sans conséquence négative sur la prise en charge ultérieure, anonymisation et protection des données recueillies, possibilité de recours à la personne de confiance.
Outils d’évaluation de la capacité à consentir
Pour aider les cliniciens à analyser les quatre étapes de Grisso et Appelbaum, des outils ont été développés. Ils ne substituent pas à une évaluation globale personnalisée, mais aident à structurer l’entretien avec le patient [3, 11, 12]. Les plus utilisés ont été traduits en français [13, 14] :
– le MacArthur Competence Assessment Tool for Treatment (MacCAT-T) et le MacArthur Competence Assessment for Clinical Research (MacCAT-CR). Ce sont des entretiens semi-structurés qui ont une bonne concordance inter-évaluateur. La trame de l’entretien doit être adaptée à la situation particulière du traitement/de l’étude proposés, ce qui implique que l’évaluateur prépare à l’avance les questions qu’il va poser au patient pour évaluer ses capacités de compréhension/appréciation/raisonnement/expression d’un choix concernant sa pathologie et les différentes possibilités de soins. Cette méthode est coûteuse en temps (30 minutes au moins pour préparation, administration, cotation, interprétation) [15, 16] ;
– l’University of California Brief Assessment of Capacity to Consent (UBACC), outil de dépistage de la capacité ou non à consentir à la recherche. Son administration est beaucoup plus courte (5 minutes) : il consiste en dix questions (cf. infra), nécessite aussi que l’examinateur prépare les réponses attendues pour chaque question posée, qui seront comparées aux réponses fournies par le patient. Un score de 0 sera attribué en cas d’incapacité évidente à répondre, un score de 2 en cas de réponse clairement adaptée en regard de la réponse attendue par l’examinateur, un score de 1 dans les situations intermédiaires. Si un score ≤ 12 sur 20 est suggéré comme limite de la capacité à consentir, toutes réponses auxquelles un score de 0 ou 1 ont été attribuées font évoquer la nécessité de poursuivre l’évaluation de la capacité réelle à prendre une décision éclairée [5, 14, 17].
D’autres outils comme l’AEC (aide à l’évaluation de la capacité) sont aussi utilisés [18-20].
Limites
Ces outils ont des limites d’utilisation et de faisabilité notamment en cas de troubles cognitifs sévères, d’autant que dans ces situations, la répétition de l’information n’améliore pas forcément la capacité du patient à appréhender les enjeux d’un traitement ou d’une recherche [6]. Si pour certains auteurs, un score du Mini Mental State Examination (MMSE) < 20 est corrélé à l’incapacité au consentement éclairé en utilisant ces méthodes [19], la Haute Autorité de santé (HAS) précise que les tests comme le MMSE ou la Montreal Cognitive Assessment (MOCA) ne sont pas adaptés pour considérer l’aptitude à consentir ou à prendre une décision [2]. Dans ces cas, le recours à la personne de confiance et/ou au représentant légal est nécessaire, en prenant en compte que celle-ci peut être aussi âgée et/ou atteinte de troubles cognitifs. Mais, dans tous les cas, l’étape d’entretien structuré et d’appréciation à l’échelon individuel des capacités d’un patient doit être effectuée car :
– elle est de toute façon nécessaire en cas d’isolement sociofamilial du patient,
– en cas de troubles cognitifs importants empêchant un consentement formalisé, l’assentiment du patient doit être recherché, c’est-à-dire son adhésion à une proposition de soins/de recherche après une information adaptée à ses capacités de compréhension [1-3, 5, 7].
Démarche pratique
En pratique, pour optimiser l’information et l’analyse du consentement/de l’assentiment aux soins ou à une recherche, plusieurs étapes successives peuvent être proposées et consignées dans le dossier médical. À partir des articles cités dans les références bibliographiques de ce texte, nous proposons une liste de démarches c-dessous qui peuvent être utiles dans cet objectif, toutes ne sont pas obligatoires, la sélection des items à renseigner peut-être adaptée à chaque situation clinique particulière.




L’auteur déclare ne pas avoir de lien d’intérêt avec cet article.
Bibliographie
1. Gozlan D, Mathieu M, de Montgolfier S et al. Towards more informed consent: Making information understandable. Med Sci 2023 ; 39 : 650-7.
2. HAS 2025. Recueillir le point de vue des personnes âgées atteintes de troubles neurocognitifs modérés à sévères en ESSMS. www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2026-01/recueil_point_de_vue_personnes_agees_tnc.pdf.
3. Kupsch L, Gather J, Vollmann J et al. Assessment of decisional capacity. A systematic review and analysis of instruments regarding their applicability to requests for assisted suicide. Eur Psychiatry 2025 ; 68 : e91.
4. Parmigiani G, Del Casale A, Mandarelli G et al. Decisional capacity to consent to treatment and research in patients affected by Mild Cognitive Impairment. A systematic review and meta-analysis. Int Psychogeriatr 2022 ; 34 : 529-42.
5. Sacco G, Noublanche F, Blazek F et al. How to deal with the consent of adults with cognitive impairment involved in European geriatric living labs? Philos Ethics Humanit Med 2021 ; 16 : 3.
6. Lui VW, Lam LC, Luk DN et al. Capacity to make treatment decisions in Chinese older persons with very mild dementia and mild Alzheimer disease. Am J Geriatr Psychiatry 2009 ; 17 : 428-36.
7. Dixon JD, Josyula AV, Javier NM et al. American Geriatrics Society position statement: Making medical treatment decisions for unrepresented older adults. J Am Geriatr Soc 2025 ; 73 : 1353-64.
8. Appelbaum PS, Grisso T. Assessing patients’ capacities to consent to treatment. N Engl J Med 1988 ; 319 : 1635-8.
9. Grisso T, Appelbaum PS, Hill-Fotouhi C. The MacCAT-T: a clinical tool to assess patients’ capacities to make treatment decisions. Psychiatr Serv 1997 ; 48 : 1415-9.
10. Moye J, Karel MJ, Azar AR, Gurrera RJ. Capacity to consent to treatment: empirical comparison of three instruments in older adults with and without dementia. Gerontologist 2004 ; 44 : 166-75.
11. Amaral AS, Afonso RM, Simões MR, Freitas S. Decision-making capacity in healthcare: instruments review and reflections about its assessment in the elderly with cognitive impairment and dementia. Psychiatr Q 2022 ; 93 : 35-53.
12. Pennington C, Davey K, Ter Meulen R et al. Tools for testing decision-making capacity in dementia. Age Ageing 2018 ; 47 : 778-84.
13. Raffard S, Lebrun C, Laraki Y, Capdevielle D. Validation of the French Version of the MacArthur Competence Assessment Tool for Treatment (MacCAT-T) in a French Sample of Individuals with Schizophrenia: Validation de la version française de l’instrument d’évaluation des compétences MacArthur-traitement (MacCAT-T) dans un échantillon français de personnes souffrant de schizophrénie. Can J Psychiatry 2021 ; 66 : 395-405.
14. Duron E, Boulay M, Vidal JS et al. Capacity to consent to biomedical research’s evaluation among older cognitively impaired patients. A study to validate the University of California Brief Assessment of Capacity to Consent questionnaire in French among older cognitively impaired patients. J Nutr Health Aging 2013 ; 17 : 385-9.
15. Mueller T, Haberstroh J, Knebel M et al. Assessing capacity to consent to treatment with cholinesterase inhibitors in dementia using a specific and standardized version of the MacArthur Competence Assessment Tool (MacCAT-T). Int Psychogeriatr 2017 ; 29 : 333-43.
16. Karneboge J, von Boehn F, Haberstroh J. Standardization of criteria in MacCAT-T and MacCAT-CR for monoclonal anti-beta-amyloid antibodies: A Delphi study. Alzheimers Dement 2025 ; 17 : e70112.
17. Jeste DV, Palmer BW, Appelbaum PS et al. A new brief instrument for assessing decisional capacity for clinical research. Arch Gen Psychiatry 2007 ; 64 : 966-74.
18. ACE. Aide à l’évaluation de la capacité (AEC). Canadian Medical Protective Association. www.cmpa-acpm.ca.
19. Sessums LL, Zembrzuska H, Jackson JL. Does this patient have medical decision-making capacity? JAMA 2011 ; 306 : 420-7.
20. Ho MH, Chang HR, Liu MF et al. Decision-Making in People With Dementia or Mild Cognitive Impairment: A Narrative Review of Decision-Making Tools. J Am Med Dir Assoc 2021 ; 22 : 2056-62.

