La revue didactique en médecine gériatrique

Entretien avec le Dr Boris Cyrulnik : qu’advient-il de la vieillesse ?

Après presque une année d’une véritable tourmente historique, les interrogations sur la gestion sanitaire d’une pandémie sont plus que jamais entremêlées aux problématiques sociales et éthiques. Nous avons posé quelques questions au Dr Boris Cyrulnik qui nous a livré ses réflexions sur la notion de vieillesse et ce qu’il en advient dans ce contexte sanitaire.

 

Repères en Gériatrie : Comment ressentez-vous la « paternalisation médicale » et qu’en voyez-vous aujourd’hui ? 

Boris Cyrulnik : Dans l’histoire humaine, quand il y avait un problème médical, nous l’expliquions par le mauvais œil, par la magie, par le péché et cela a duré pendant des siècles. Ensuite, nous l’avons expliqué par la mauvaise qualité physique, les aristocrates se développaient bien et les gens du peuple se développaient mal, ils mourraient à 30 ou 35 ans, les femmes surtout. Alors que les aristocrates mourraient à peu près comme nous, dépassant nettement les 80 ans. Cela menait à la notion de sang bleu, c’est-à-dire qu’il y avait des gens de bonne qualité (les aristocrates) et des gens de mauvaise qualité (le peuple). C’était déjà un chemin vers le racisme où il y a des gens de meilleure qualité que d’autres. 

Le fait qu’actuellement se développe ce qui est appellé « la paternalisation médicale » même s’il y a un nombre croissant de femmes – et que probablement dans les 5 à 10  ans qui viennent il y aura une forte majorité de femmes dans la médecine et je pense que c’est un progrès – le fait d’avoir employé le mot paternalisation, c’est l’équivalent de l’ancien modèle paternel, celui qui écrasait en protégeant, en dominant. Or nous constatons que c’est vrai, lorsque nous avons un problème médical, nous allons voir quelqu’un, homme ou femme, qui est supposé savoir et auquel nous nous soumettons. Là, il y a un choix éthique à faire, ou bien nous ne nous soumettons pas à la loi du père (et bientôt la loi de la mère) et dans ce cas-là nous augmentons fortement notre probabilité d’être malades ou de mourir, ou bien nous nous soumettons à la loi du père (ou de la mère) et dans ce cas-là nous augmentons notre probabilité d’être moins malades et de mourir plus tard. Donc c’est un problème de société, mais je préfère la soumission d’aujourd’hui, l’explication médicale d’aujourd’hui, que l’explication médicale d’hier par le mauvais œil ou par la race ou par le péché. Les instituteurs, les médecins ont eu un rôle paternel, que les patients payaient en se soumettant à la loi. 

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