Introduction [1, 4]
Le vieillissement du revêtement cutané dépend de plusieurs facteurs : âge, facteurs génétiques, conditions de vie.
Sur un plan anatomique, on observe un amincissement des couches des différents constituants de la peau excepté la couche cornée qui devient plus épaisse.
La peau du patient âgé n’est plus hydratée de manière satisfaisante, et, de ce fait, devient plus irritable. Cette situation est à l’origine d’un prurit plus fréquent (le prurit sénile).
Différents facteurs sont impliqués.
Facteurs hormonaux qui majorent le processus de vieillissement
Chez la femme, on met en évidence, du fait de la carence en œstrogène secondaire à la ménopause, une déshydratation plus importante du revêtement cutané qui prédomine au niveau du visage, car à ce niveau les récepteurs en ostéogènes sont plus nombreux.
Par ailleurs, il est important de noter qu’à partir de la ménopause le collagène dermique est réduit de 30 % en ce qui concerne son épaisseur dans les 5 premières années suite à cette situation. Compte tenu du climat hyperandrogénique en rapport avec la ménopause qui compense le déficit œstroprogestatif, on met en évidence, en parallèle, une majoration de la pilosité au niveau du visage, mais aussi une alopécie.
Chez l’homme, les manifestations cutanées en rapport avec une carence hormonale (il s’agit d’une carence en androgène) sont plus discrètes, et le plus souvent les manifestations cutanées sont superposables à celles des femmes. Cependant, ces modifications au sein du revêtement cutané surviennent plus tardivement.
Facteurs environnementaux
Le vieillissement cutané est également en rapport avec des facteurs environnementaux (exposition solaire notamment) qui sont à l’origine des modifications cutanées qui prédominent au niveau des zones photoexposées (visage notamment) et sont plus fréquentes chez les patients ayant travaillé en plein air, ou ceux qui ont été des adeptes de bronzage.
Facteurs génétiques
Des facteurs génétiques interviennent également, ils permettent d’expliquer que les phénomènes de vieillissement du revêtement cutané sont majorés chez les patients ayant un phototype clair.
Le vieillissement au niveau de région péribuccale [1, 3, 5]
La peau perd de son élasticité, et est, comme nous l’avons précédemment noté, plus épaisse au niveau de certains éléments (couche cornée notamment).
Par ailleurs, des modifications de couleur sont également objectivées : peau de couleur jaune. Ces modifications sont plus visibles au niveau des zones où la peau est plus fine comme les zones périorbitaires ou au niveau du pourtour de la bouche.
En ce qui concerne le tissu adipeux, une ptose (au niveau de la graisse superficielle) est observée avec la formation des bajoues et un cloisonnement par des expansions des fascias.
La graisse profonde s’atrophie , quant à elle, surtout au niveau de la région temporale.
Tout aussi important à noter est le phénomène de résorption osseuse du massif facial.
Cette modification est responsable d’une atrophie et d’un recul mandibulaire et de l’appui dentaire.
Découlant de ces différents éléments, nous pouvons dire que le vieillissement cutané au niveau de zone péribuccale est secondaire à une perte de volume au niveau cutané, processus qui est favorisé par quatre éléments.
• Une réduction de la quantité de lipides au niveau de l’hypoderme qui favorise une protection mécanique et thermique, et contribue à donner la physionomie du visage du patient.
• Une perte hydrique et d’acide hyaluronique qui modifie l’hydratation du revêtement cutané.
• Une résorption du support osseux avec un volume de l’os de la mâchoire qui est plus réduit.
• Une modification des propriétés et de la fonctionnalité des fibres collagènes et de l’élastine qui sont moins importantes tant au niveau quantitatif qu’au niveau fonctionnel. De ce fait il existe une réduction de l’élasticité en ce qui concerne le revêtement cutané.
D’autres facteurs peuvent expliquer également l’apparition de rides au niveau de la région péribuccale.
• Les contractions des muscles sous-jacents. Ainsi, une sollicitation intense du muscle abaisseur de la bouche (depressor anguli oris) dans le cas de certaines pathologies (pathologies neurologiques notamment, état psychique fragile ou trouble obsessionnel compulsif) favorise une accentuation des rides péribuccales (Fig. 1).
• Le tabagisme favorise une altération microcirculatoire, mais aussi majore le stress oxydatif. De ce fait, on met en évidence un vieillissement cutané parfois majoré. Ce processus est également exacerbé par l’action du fumeur qui sollicite les muscles péribuccaux pour tenir la cigarette.
Les différents types de rides péribuccales [1, 3, 5, 6]
Les rides élastosiques
Elles sont le plus souvent en rapport avec une photoexposition intense (Fig. 2). Ce type de rides est également observé chez les patientes fumeuses invétérées (Fig. 3).
Sur le plan clinique, on observe des rides qui prédominent au niveau de la lèvre blanche supérieure. La lèvre inférieure est moins concernée par cette dépression secondaire à l’exposition solaire intense. De ce fait, le vermillon inférieur est moins concerné par ce processus que le vermillon supérieur.
Cependant, il est parfois difficile de faire le distinguo entre ces rides et les rides dynamiques, car, dans de nombreux cas, il existe une juxtaposition de ces deux processus.

Les rides dynamiques
Elles sont secondaires à l’action des muscles peauciers de cette région. Du fait d’une contraction importante de ces muscles, les rides apparaissent et se développent.
Sur le plan clinique, elles prennent l’aspect de codes barres et sont perpendiculaires à l’insertion des muscles de cette région (Fig. 4).
Contrairement aux rides élastosiques, les deux lèvres blanches (supérieure et inférieure) sont concernées par ce processus.
Les ridules péribuccales
Elles apparaissent le plus souvent au décours d’une action mécanique : pincement des lèvres, sifflotement, action de déformation des lèvres suite à une frustration (Fig. 5).
Ces rides sont plus fréquentes bien entendu chez les patients ayant bénéficié d’une photoexposition de manière intense.
Prise en charge des rides péribuccales [5-7]
À titre préventif
Il est dans un premier temps important de limiter le vieillissement cutané au niveau de cette zone péribuccale.
Pour ce faire, il est indispensable d’intervenir sur différents facteurs.
- On doit agir pour favoriser un sevrage tabagique, cela en expliquant les conséquences du tabac sur la peau.
- Il est important de donner des recommandations concernant la photoexposition qui doit être réduite, ou si elle est nécessaire du fait d’une activité professionnelle il faut recommander le recours à des crèmes protectrices vis-à-vis du soleil.
- Une bonne hygiène de vie (éviter des variations pondérales extrêmes) est un atout qui évite également le développement des rides.
- Il faut favoriser l’utilisation de topiques hydratants réduisant de ce fait la déshydratation cutanée qui est un enjeu majeur dans le processus de vieillissement cutané.
À titre curatif
Plusieurs types de traitements peuvent être utilisés :
• Le peeling
Il a une action chimique, et il agit sur les couches superficielles de l’épiderme en assurant leur destruction pour qu’une reconstitution soit assurée secondairement par l’organisme. On utilise dans ce cas l’acide trichloracétique, ou le phénol.
Ce traitement est souvent efficace pour les rides dynamiques ou les ridules.
• Le laser CO2
Il favorise une régénération cutanée (elle concerne les fibres collagènes) et il permet une grande souplesse de la peau. Cette technique est utile pour les rides dynamiques.
• La dermabrasion
Ce traitement est superficiel et il correspond à une action mécanique. Il élimine les imperfections superficielles, réduit les ridules, et il est réservé aux patients ayant des rides superficielles.
• Les injections d’acide hyaluronique
On effectue ce traitement de manière préférentielle pour les rides élastosiques.
L’acide hyaluronique est injecté par une technique de micro-injections superficielles au niveau du derme.
• La toxine botulique
Elle est utilisée de manière assez fréquente pour traiter les rides en les atténuant.
Cette thérapeutique est principalement injectée au niveau du front (rides d’expression), la glabelle, et la région périorbitaire (patte d’oie). Son recours au niveau péribuccal reste anecdotique.
En effet, du fait d’une réduction de la contraction musculaire induite par la toxine botulique, ce traitement peut être très incommodant pour le patient (il est important pour ce dernier de contracter les muscles péribuccaux pour parler, manger notamment).
• Effets secondaires
– Pour le peeling : desquamation de la peau, érythème, œdème, irritation cutanée.
– Pour le laser CO2 : troubles pigmentaires (hypo ou hyperpigmentation), retard de cicatrisation, risques infectieux.
– Pour l’acide hyaluronique : érythème, irritation cutanée, nodules cutanés, douleurs.
– Pour la dermabrasion : troubles pigmentaires, cicatrices chéloïdes, inflammation cutanée.
Conclusion
Le vieillissement cutané est un processus naturel auquel aucun individu n’échappe.
Il débute précocement (dès l’âge de 25 à 30 ans), et il doit être accepté par nos concitoyens.
Des facteurs que nous avons pu souligner au décours de notre exposé (tabagisme excessif ou photoexposition intense) contribuent à la majoration de ce processus, et ils peuvent faire l’objet d’une prise en charge précoce. Force est de constater que de nombreux patients souhaitent trouver une solution pour masquer ce processus très anxiogène, car il leur rappelle qu’ils ne sont pas éternels ce qu’ils refusent fréquemment.
Aussi afin de masquer les affres du temps, mais aussi afin de “tricher” avec son appartenance à une génération plus âgée, ces patients font appel à des professionnels de santé pour trouver des solutions afin d’estomper les rides. De ce fait il est important pour les gérontologues de connaître les différentes techniques pouvant réduire les rides.
Les auteurs ne déclarent aucun lien d’intérêt.
Bibliographie
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