La revue didactique en médecine gériatrique

Nous avons reçu en hospitalisation Mme S., 102 ans, pour un bilan de douleurs rachidiennes invalidantes. La patiente avait peu d’antécédents pour son âge : une insuffisance rénale chronique stade 3, une arthrose diffuse et une notion de masse ovarienne kystique depuis plusieurs années. Elle était encore indépendante (ADL 6/6) et autonome pour le ménage et téléphoner (IADL 2/8). L’examen initial était sans particularité hormis un abdomen tendu et ballonné (« depuis plusieurs années », d’après la patiente) et les douleurs mécaniques lombaires justifiant l’hospitalisation. Les explorations radiologiques ont permis de mettre en évidence des tassements vertébraux d’origine ostéoporotique. Il n’y avait pas d’argument pour une cause secondaire (myélome, notamment). Des antalgiques de paliers 1 et 3 ont été prescrits, avec une efficacité modérée conduisant à poursuivre le bilan, la patiente se plaignant également de sa hanche. En interrogeant à nouveau la patiente, celle-ci a affirmé avoir un abdomen « gonflé depuis toujours, comme si elle portait un enfant ». Un scanner a finalement été réalisé objectivant une masse pelvienne de contenu essentiellement hydrique avec de multiples calcifications centrales et périphériques, de topographie pelvienne médiane vraisemblablement utérine (Fig. 1 et 2).

 

Quel est votre diagnostic ?

A. Fibrome calcifié
B. Tuberculose utérine
C. Cancer de l’utérus
D. Lithopédion

 

FIGURE 1 – Scanner abdomino-pelvien non injecté en coupe axiale : masse pelvienne de contenu essentiellement hydrique avec de multiples calcifications centrales et périphériques, de topographie pelvienne médiane utérine.

 

Il s’agit d’une grossesse extra-utérine ancienne calcifiée (réponse D : lithopédion). Le mot est issu du grec lithos (la pierre) et paidos (l’enfant) ce qui signifie littéralement « enfant de pierre ». Il en existe trois sortes :le lithopédion à proprement parler (calcifications fœtales), le lithokeliphos (membranes calcifiées) et le lithokeliphopédion (membranes et fœtus calcifiés).
Une conjonction de plusieurs facteurs est nécessaire pour arriver à ce diagnostic : une grossesse extra-utérine (GEU), un non-diagnostic, le décès fœtal, puis sa calcification. Ce diagnostic est rare (1-2 % des grossesses ectopiques) et est fait chez des femmes de tout âge (23 à 100 ans).
Il peut être asymptomatique ou alors se manifester de diverses manières : pesanteur abdominale, signe de compression des voies urinaires, etc. La prise en charge est en général chirurgicale, toutefois elle se discute chez le sujet âgé surtout quand le lithopédion est asymptomatique. L’atypie de notre cas est liée à l’âge de la patiente au moment du diagnostic. Du fait de son âge et de la symptomatologie à bas bruit, il n’y a donc pas eu de chirurgie chez notre patiente. 

 

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêt.

 

Figure 2 – Scanner abdomino-pelvien non injecté en coupe frontale : masse pelvienne de contenu essentiellement hydrique avec de multiples calcifications centrales et périphériques, de topographie pelvienne médiane utérine.